Sainte Thérèse de Lisieux : prier pour ceux qu’on n’arrive pas à aimer

Pourquoi sainte Thérèse priait-elle pour un meurtrier condamné à mort? Une histoire qui éclaire la petite voie et notre manière de regarder ceux qui sont difficiles à aimer.
Pourquoi sainte Thérèse priait-elle pour un meurtrier condamné à mort? Une histoire qui éclaire la petite voie et notre manière de regarder ceux qui sont difficiles à aimer.

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Sainte Thérèse de Lisieux est née le 2 janvier 1873 à Alençon, en France, dans la famille de Louis et Zélie Martin. Après la mort de sa mère, elle s’installe avec les siens à Lisieux, en Normandie. À quinze ans, en 1888, elle entre au Carmel de Lisieux, où elle passera le reste de sa vie. Elle y meurt de la tuberculose le 30 septembre 1897, à seulement vingt-quatre ans.

Sa vie religieuse a été courte, mais ses écrits ont rejoint des millions de personnes. Le 17 mai 1925, le pape Pie XI la canonise, reconnaissant officiellement sa sainteté. Deux ans plus tard, elle devient patronne des missions, alors même qu’elle n’a jamais quitté son monastère pour partir en mission. En 1997, Jean-Paul II la proclame docteure de l’Église, reconnaissant la profondeur de son enseignement spirituel.

Thérèse n’a pourtant pas accompli de grandes œuvres aux yeux du monde. Elle a surtout appris à aimer à travers la prière, les relations parfois difficiles de la vie communautaire et les petits gestes du quotidien. C’est ce chemin qu’on appelle sa petite voie, une manière de vivre l’Évangile en reconnaissant sa propre faiblesse et en faisant confiance à l’amour de Dieu. Mais il ne faudrait pas confondre cette petitesse avec une foi sans exigences.

Un homme que tout le monde avait déjà condamné

En 1887, la France suit dans les journaux l’affaire Henri Pranzini, un homme reconnu coupable d’un triple meurtre et condamné à mort. Thérèse a quatorze ans lorsqu’elle apprend qu’il refuse la confession et les secours de la religion. Ce qui la préoccupe n’est pas de contester sa condamnation ni de minimiser ses crimes, mais de penser à cet homme qui risque de mourir sans se tourner vers Dieu. Elle décide alors de prier pour lui, d’offrir de petits sacrifices et de faire célébrer une messe à son intention.

Thérèse est convaincue que la miséricorde du Christ peut rejoindre Pranzini, même au dernier instant. Elle demande simplement à Dieu un signe de repentir pour sa propre consolation. Après l’exécution, elle lit dans un journal que le condamné, qui avait jusque-là repoussé l’aumônier, s’est finalement tourné vers le crucifix présenté par le prêtre et l’a embrassé. Pour Thérèse, ce geste est le signe qu’elle attendait, et elle appellera plus tard Pranzini son « premier enfant ».

Nous ne pouvons pas savoir tout ce qui s’est passé dans le cœur de cet homme au dernier moment. Thérèse non plus n’avait aucun moyen de connaître parfaitement son âme. Ce qu’elle nous transmet, ce n’est pas une certitude sur le sort éternel de Pranzini, mais une confiance étonnante en la miséricorde de Jésus. Elle avait refusé de croire qu’un être humain puisse devenir tellement mauvais qu’il ne vaille même plus la peine de prier pour lui.

La miséricorde n’efface pas le mal

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il y a des nouvelles qui me donnent immédiatement envie de fermer mon téléphone ou ma télé. Un meurtre, un enfant victime de violence, une personne qui a détruit la vie de plusieurs autres : certaines histoires provoquent un dégoût bien réel. Devant de tels gestes, nous voulons que les victimes soient protégées, que la vérité soit connue et que justice soit faite. Et nous avons raison de vouloir cela.

Alors, prier pour la personne qui a commis ces actes peut nous sembler presque choquant. Pourtant, prier pour un criminel ne signifie pas excuser son crime, oublier les victimes ou lui éviter les conséquences de ses gestes. On peut souhaiter que justice soit faite tout en espérant que son auteur reconnaisse le mal commis et se tourne vers Dieu. La miséricorde ne transforme pas le mal en bien : elle ouvre la possibilité qu’un être humain ne soit pas réduit pour toujours au pire de ses actes.

Jésus nous demande de prier pour nos ennemis, mais cette parole devient beaucoup moins confortable lorsqu’un visage ou un nom précis nous vient à l’esprit. Nous sommes peut-être capables de prier pour les personnes qui souffrent, pour celles qui sont malades ou pour celles que nous aimons déjà. Mais qu’en est-il de celui qui nous révolte, de celle qui nous a profondément blessés ou de la personne dont nous ne voulons même plus entendre parler? Est-ce que nous croyons vraiment que le Christ désire aussi leur salut?

La petite voie commençait précisément là

Nous imaginons parfois la petite voie de Thérèse comme une spiritualité toute douce, faite de sourires, de fleurs et de petites attentions. Pourtant, dans cette histoire, elle prend une décision autrement plus difficile : présenter à Dieu une personne que presque personne ne souhaite regarder avec compassion. Elle ne prétend pas posséder la force de la sauver, ni même celle de la transformer. Elle fait ce qu’elle peut, puis elle confie le reste au Christ.

Nous n’avons pas tous à prier pour un criminel condamné à mort. Mais il y a peut-être, dans notre entourage, quelqu’un pour qui nous n’arrivons plus à trouver un seul mot bienveillant. Prier pour cette personne n’oblige pas à reprendre contact avec elle, à lui accorder notre confiance ou à demeurer dans une relation dangereuse. Cela peut simplement vouloir dire refuser de fermer à Dieu une porte que nous sommes, nous-mêmes, incapables d’ouvrir.

Et nous, méritons-nous la miséricorde de Dieu?

Il reste une question plus dérangeante encore : pourquoi croyons-nous si facilement que certaines personnes ne méritent pas la miséricorde de Dieu? Le mot « mériter » nous place déjà sur une drôle de piste, comme si le pardon était une récompense réservée à ceux qui se sont suffisamment bien comportés. Évidemment, nos fautes ne sont pas toutes comparables, et il serait profondément injuste de mettre toutes les blessures sur le même pied. Mais devant Dieu, lequel d’entre nous peut prétendre n’avoir jamais eu besoin d’un pardon qu’il ne pouvait pas gagner par ses propres forces?

Nous aimons recevoir la miséricorde, mais nous sommes parfois tentés d’en surveiller la distribution. Nous voudrions que Dieu soit patient avec nos propres lenteurs, tout en perdant rapidement patience devant les fautes des autres. La petite voie nous invite à abandonner cette comptabilité et à reconnaître que l’amour de Dieu nous précède. Si nous espérons qu’il ne nous abandonnera jamais, pouvons-nous lui demander d’abandonner quelqu’un d’autre?

Thérèse ne nous invite pas à devenir naïfs devant le mal. Elle nous invite à croire que le Christ peut rejoindre une personne là où nos paroles, nos jugements et nos efforts ne peuvent plus rien. Sa confiance ne repose pas sur les qualités de Pranzini, mais sur la miséricorde de Jésus. Voilà peut-être ce qui rend sa petite voie si exigeante : elle nous demande de faire confiance à Dieu même lorsque nous ne voyons aucune raison humaine d’espérer.

Une sainte qui fait encore partie de notre histoire

Chaque année, l’Église célèbre sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus le 1er octobre. À Joliette, une église construite en 1951, aujourd’hui rattachée à la paroisse Saint-Charles-Borromée, est placée sous son patronage. L’école secondaire Thérèse-Martin porte également son nom civil, rappelant cette jeune fille qui allait devenir l’une des saintes les plus connues de l’Église. Son histoire appartient donc aussi à notre paysage et à notre patrimoine spirituel diocésain.

La prochaine fois qu’une nouvelle nous révoltera, nous pourrons évidemment souhaiter que les victimes obtiennent justice et que les personnes en danger soient protégées. Mais nous pourrions ajouter un geste que Thérèse nous apprend à ne pas oublier : confier aussi à Dieu la personne qui a commis le mal, en lui demandant de toucher son cœur. Et si nous commencions par le nom d’une personne pour laquelle il nous est aujourd’hui particulièrement difficile de prier?

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